Appel à communcations - date limite 31 mars 2026

Le 26 novembre 1976 marque la date de sortie britannique de « Anarchy in the UK », le premier single de ce qui deviendra l’année suivante Never Mind the Bollocks, Here Comes the Sex Pistols. Ce colloque - qui s’inscrit dans un projet plus vaste, incluant aussi des interventions dans la ville et dans des établissements scolaires – prend pour point de départ le cinquantième anniversaire de cet événement, le 26 novembre 2026, en s’interrogeant d’abord sur le rôle d’un tel anniversaire.

Les grandes commémorations servent de raccourci historique, concentrant un mouvement ou une transformation mémorable en un point unique, un événement singulier, à la fois résumé et métonymie de cet ensemble, ensuite destiné à prendre sa place modeste et commode dans le calendrier annuel des célébrations ; c’est le cas ici. « Anarchy in the UK » n’est certainement pas le punk, mais un raccourci opportun, d’autant plus approprié qu’il est d’emblée artificiel, la transformation délibérée par Malcolm McLaren et Vivienne Westwood d’un petit groupe mal établi en symbole contestataire. L’ « authenticité » et la parodie se confondent dans ce geste, et l’imitation est si proche de ses inspirations qu’elle se confond avec elles et le supplante (l’année suivante Saturday Night Fever produira d’ailleurs un phénomène similaire pour le disco, autre culture musicale urbaine); dans l’influent classement des 500 meilleures chansons rock de tous les temps établi par Rolling Stone en 2004, « Anarchy in the UK » figure en 53e position, nettement en tête des morceaux consensuellement identifiés comme relevant du punk, avec la possible exception de« London Calling » (15e).

En 2016, interrogée par Télérama sur ses recherches consacrées au punk dans le cadre du projet Punk is not Dead, Solveig Serre exposait la trajectoire cyclique du mouvement, oscillant au fil de son histoire entre mainstream et radicalité. Elle concluait alors : « C’est ce qui explique qu’il soit si peu étudié – à l’Université, le punk reste un objet sale ». Cette situation a cependant évolué au cours des quinze dernières années. En 2014, dans sa bibliographie Punk Goes Science, Vasileios Yfantis évoquait déjà plus de 350 références sur ou autour du punk.  La création du Punk Scholars Network en 2012, dont les travaux sont notamment matérialisés par la collection « Global Punk », chez Intellect, a pour sa part donné une structure internationale à cet intérêt pour le mouvement, et leur nombre serait donc certainement bien plus élevé aujourd’hui. En France, le projet porté par Solveig Serre et Luc Robène depuis 2016, et qui a été soutenu par deux ANR, a débouché sur un ensemble de publications éclairant le genre, notamment dans sa dimension musicale, mais aussi dans son rapport aux archives. Avec d’autres travaux de recherche, il a notamment permis de mettre en lumière l’émergence simultanée du punk dans de multiples aires culturelles, à rebours d’une historiographie antérieure qui voyait le mouvement comme un produit d’exportation anglo-américain. L’ampleur de ces travaux menés depuis le début des années 2010 permet d’écarter d’emblée la question de la « légitimation » de la culture populaire, et plus encore de la légitimité de l’intérêt universitaire pour le punk, au moment où les archives des Bérurier Noir sont entrées à la BNF (en février 2024), et ont donné lieu sur place à une exposition remarquée et une publication scientifique.

Cet important travail de visibilisation et d’historicisation n’épuise pas la question mémorielle. Travailler sur le punk et sa mémoire en 2026 invite à s’interroger sur la trajectoire d’une authenticité réelle mais fabriquée, d’un son de révolte sociale imaginé comme un produit parfait, d’un mouvement musical qui n’a jamais été que cela, et d’une « invention » britannique au moins venue des Etats-Unis, à l’unisson d’un phénomène qui parcourt les sociétés occidentales. C’est aussi choisir de s’interroger sur la descendance d’une idée qui résonne longtemps après son apogée supposée. Pour ne prendre qu’un indice de cet héritage, après l’invention en 1984 par le critique Gardner Dozois du mot valise « cyberpunk », le suffixe –punk dans les genres de l’imaginaire est devenu l’équivalent de –gate pour les scandales politiques, et continue de résumer une pensée radicale du présent, par le prisme par exemple de l’utopie (solarpunk, avéré à partir de 2012).

Ce colloque s’intéresse donc à la trajectoire historique et mémorielle du punk de manière syncrétique et transnationale, en interrogeant ses effets dans le champ social, son inscription dans les cultures urbaines, mais aussi son esthétique à travers les champs picturaux et musicaux ainsi que dans les autres médias (cinéma, séries télévisées, bande dessinée, jeu vidéo, etc.). Après 50 ans, quelle configuration pour la nostalgie du no future ? Et quelle postérité pour un mouvement si ancré dans le DIY et l’analogique, au sein d’une société où la culture numérique est devenue dominante ?

Sans que cette liste soit limitative, le colloque invite donc à des propositions sur la mémoire et à la commémoration du punk, soit dans les aires nationales spécifiques soit dans une perspective transnationale :

-          Dans le registre musical ;

-          Dans les discours et pratiques politiques ;

-          Dans les pratiques socio spatiales ;

-          Dans les discours et médias éducatifs ;

-          Dans les pratiques éditoriales et le fanzinat ;

-          Dans les pratiques institutionnelles et les stratégies archivistiques ;

-          Dans les pratiques graphiques ;

-          Dans la littérature (via la figure de Karim Berrouka, par exemple) et dans les cultures populaires (cinéma, bande dessinée, jeu vidéo, etc.).

Ces thèmes ne sont ni mutuellement exclusifs ni limitatifs.

 

Les propositions, en anglais ou en français (250 mots, accompagnés de 5 mots clés et d’une courte note biographique) sont à déposer ici-même (il vous faudra créer un compte) avant le 31 mars 2026.

Réponses envoyées avant le 1er juin 2026.

 

 

Bibliographie indicative/Select bibliography :

Bernière, Vincent. 2012. Punk press : l’histoire d’une révolution esthétique, 1969-1979. La Martinière.

Étienne, Samuel. 2019. « Le fanzine DIY comme élément de structuration des réseaux punks », in Paul Edwards, Elodie Grossi, Paul Schor (dir.), Disorder. Histoire sociale des mouvements punks et post-punks. Editions Seteun, Les presses du réel.

Étienne, Samuel. 2019. Bricolage radical. Génie et banalité des fanzines do-it-yourself. Tome 2. Strandflat, Les presses du réel.

Guibert, Gérôme. 2021, « Le punk rock est né en 1972. Sociologie historique des écrits de Lester Bangs et leur impact des deux côtés de l’Atlantique », in P. Poirrier et L. Le Texier (dir.), Circulations musicales transatlantiques au XXe siècle. Des Beatles au hardcore Punk. Editions Universitaires de Dijon.


Heron, Timothy A. 2021. Alternative Ulster ! Le punk en Irlande du Nord, 1976-1983. En marge ! 4. Riveneuve.

Hurchalla, George. 2016. Going Underground: American Punk 1979-1989. PM Press.

Migliore, Olivier, Solveig Serre et Luc Robène. 2020. Des cris et des crêtes - chanter punk en français. Riveneuve.

Pilo, Baptiste. 2022. Un feu dans le ciel nordique : le black metal en Norvège, 1991-1999. En marge ! 6. Riveneuve.

Raboud, Pierre, Luc Robène et Solveig Serre. 2019. Fun et mégaphones - L’émergence du punk en Suisse, France, RFA et RDA. Riveneuve.

Rannou, Maël. 2022. Définir le fanzine. Gorgonzola. L’Égouttoir. https://hal.science/hal-04468004.

Robène Luc et Solveig Serre. 2019. Underground ! : chroniques de recherche en terres punk. En marge ! 2. Riveneuve.

Robène, Luc et Solveig Serre. 2016a. « À l’heure du punk. Quand la presse musicale française s’emparait de la nouveauté (1976-1978) ». Raisons politiques : études de pensée politique, no 62 : 83‑99. https://doi.org/10.3917/rai.062.0005.

Robène, Luc, et Solveig Serre. 2016b. « “On veut plus des Beatles et d’leur musique de merde !” ». Volume !. La revue des musiques populaires, no 13 : 1 (novembre) : 13 : 1. https://doi.org/10.4000/volume.5120.

Robène Luc et Serre Solveig, Le punk est mort. Vive le punk ! La construction médiatique de l’âge d’or du punk dans la presse musicale spécialisée en France, in Le temps des médias, Revue d’histoire, 27, 2016c, 124-138.

Roux, Manuel. 2022. « Faire “carrière” dans le punk ? : une étude de la scène punk DIY en France ». Ph D thesis, Université de Bordeaux. https://theses.hal.science/tel-03771559.

Serre, Solveig et Luc Robène. 2019. Punk is not dead. Lexique franco-punk. Nova. https://shs.hal.science/halshs-02537387.

Serre, Solveig, Luc Robène et Benoît Cailmail. 2023. Bérurier Noir. https://shs.hal.science/halshs-04369193.

Street, John, Worley, M Matthew, Wilkinson, David. 2025. « Why 1976? Explaining the rise and fall of protest music », in: Manabe, N. and Drott, E., (eds.) The Oxford Handbook of Protest Music. Oxford University Press.

Worley, Matthew. 2024. Zerox Machine: Punk, Post-Punk and Fanzines in Britain, 1976-88. Reaktion.

----------. 2018. «  Whose culture? Fanzines, politics and agency », in Ripped, Torn and Cut: Pop, Politics and Punk Fanzines from 1976. Manchester University Press.

 

   

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